
Après l’introduction de la nouvelle série de newsletters dans la précédente n° 187 autour des mots clés féminisme, virilité fondamentale, éducation, nous entamons le premier volet de cette série dans cette news n° 188. Il faut retenir les mots suivants : féminisme, virilité fondamentale, instruction.
Comme précisé hier, nous proposerons en fin de news le témoignage tiré des récits d’une de nos connaissances et nous poursuivrons le témoignage de la chercheuse évoquée dans la série précédente de la n° 181 à 186. Puis nous finirons par une ouverture sur le monde en proposant notre lecture de la série The polygamist sorti en Juin 2026, tiré de l’ouvrage du même titre écrit par Sue Niathi.
Pour commencer, le féminisme est le mouvement prônant l’égalité des droits et de la liberté d’action entre les femmes et les hommes. Quant au féminisme noir, il revendique l’émancipation des femmes noires, intégrant leur réalité spécifique liée à la double marginalisation subie.
De même la virilité fondamentale ou encore le masculinisme est considéré comme une Idéologie réactionnaire cherchant à restaurer une domination masculine traditionnelle en réponse aux acquis des femmes. Pour ce qui touche au masculinisme noir, il est axé essentiellement sur le contrôle des femmes par un traumatisme historique, visant à restaurer par la force une virilité perçue comme « amputée » par la colonisation.
Historiquement, les femmes n’étaient pas des « travailleuses » au sens moderne, mais des actrices économiques majeures. Elles avaient des activités lucratives autonomes, ancrées dans la communauté, qui leur conféraient une place sociale respectée. L’instruction traditionnelle leur apprenait la gestion des échanges, la solidarité et l’indépendance financière réelle. La colonisation a brisé ce modèle en imposant une instruction scolaire conçue pour former des auxiliaires : on a dévalorisé le savoir-faire local pour l’artifice du « travail de bureau », un domaine où l’homme a été priorisé, reléguant la femme à une position de subalterne.
Aujourd’hui, l’instruction que reçoivent les femmes est une greffe artificielle : elle leur promet l’indépendance via le salariat (le bureau), tout en les coupant de leurs racines économiques. On leur a appris que la réussite est un grade dans une hiérarchie imposée, plutôt qu’une maîtrise de leur propre activité. Cette instruction les pousse à un féminisme d’imitation, où le succès se mesure à l’intégration dans des systèmes néocoloniaux. Elles se retrouvent en porte-à-faux, forcées de prouver leur valeur dans un monde professionnel qui, malgré leur diplôme, les maintient dans un plafond de verre, tandis que leur autonomie ancestrale, elle, a été sciemment démantelée.
Au sein du couple, cette instruction moderne génère un malentendu tragique. L’homme, instruit par le même système colonial à considérer que le travail de bureau (l’accès au pouvoir administratif) est une chasse gardée, perçoit l’ascension professionnelle de la femme non comme une richesse, mais comme une usurpation de son autorité. La femme, éduquée à chercher une reconnaissance dans un système qui ne lui offre que des miettes, se voit reprocher son « occidentalisation ». L’instruction n’a pas transmis le savoir-vivre de la complémentarité, mais l’obsession de la hiérarchie.
L’homme noir quant à lui , a subi une mutation violente : la colonisation et les influences étrangères l’ont amputé de sa virilité originelle, faite de responsabilité et de gestion des alliances. Dépossédé de son rôle de garant par les structures administratives coloniales, il se retrouve en quête d’une identité perdue. Cette « virilité amputée » tente aujourd’hui de se reconstruire à travers des mouvements hostiles au progrès, perçus comme des remparts contre l’émancipation féminine, vue comme une victoire des influences étrangères sur son autorité.
Sur le plan du travail, cet homme, formé par une instruction qui valorise le prestige du bureau, vit l’indépendance économique féminine comme une insulte à sa propre reconstruction. Pour compenser son impuissance structurelle face au système néocolonial, il transfère son besoin de contrôle sur son foyer. Le travail n’est plus un outil pour bâtir une lignée prospère, mais un levier de pouvoir exclusif : il exige d’être le seul centre de gravité économique pour restaurer une supériorité qu’il ne parvient pas à affirmer ailleurs.
Au sein du couple, ce besoin de réaffirmer une virilité fantasmée pousse certains à prôner le retour à une polygamie détournée. Ce n’est plus une alliance de lignées, mais une stratégie de domination pour multiplier les sphères de contrôle. Lorsqu’une femme refuse ce modèle ou revendique sa souveraineté, il réagit par le sabotage. Il préfère le chaos, la discorde et la destruction des liens familiaux plutôt que d’accepter une partenaire qu’il ne peut plus soumettre. C’est la preuve d’une instruction qui a échoué à transmettre la noblesse de la protection, ne laissant que le goût amer de la dépossession.
Nous rappelons la question générique posée en introduction ci-dessous :
« Si l’antagonisme que nous observons n’est pas une fatalité , mais le fruit d’une éducation éclatée, ne devrions-nous pas, en urgence, réinventer une manière de transmettre qui nous permette de passer d’une logique de rivalité à une volonté de construire ensemble ? »
Pour comprendre cette problématique et tenter de proposer des pistes de réponses possibles à cette question, nous proposons la suite du témoignage de la chercheuse ci-dessous :
« Je travaillais sur l’entrepreneuriat féminin, incluant une diversité de parcours, quand la machine s’est emballée. Des activistes, jugeant que mon regard ne devait pas dépasser les frontières d’une certaine « pureté » communautaire, ont décidé que mon travail leur appartenait. Ils ne cherchaient pas le dialogue : ils cherchaient à m’amputer de ma vie pour absorber mon capital. Ce qu’ils voulaient, c’était ma coquille : mon nom, mon identité, mon travail, pour monter leur propre empire audiovisuel et faire de moi l’alibi d’une structure qui, en réalité, m’excluait.
Pour m’abattre, ils ont déployé un arsenal de désinformation digne des pires officines coloniales : deepfakes, rumeurs d’infidélités grotesques, création d’une fausse paternité pour mon enfant, jusqu’à inventer des confidences à un leader religieux imaginaire pour discréditer ma parole. L’objectif était limpide : me détruire socialement pour qu’un homme puisse s’emparer de mes recherches, tandis qu’eux captaient mon identité pour servir leur « média communautaire ». Ils n’ont pas cherché à construire avec moi ; ils ont brûlé mon intégrité pour s’en servir comme combustible. C’est là que j’ai compris : pour ces prédateurs, je n’étais pas une chercheuse, j’étais une ressource à extraire, puis à éliminer. »
La punition infligée à cette chercheuse est indissociable de leur masculinisme. En inventant de toutes pièces des fautes domestiques (infidélités, paternité trouble) via des deepfakes, ils cherchent à retrouver une virilité fantasmée : celle de l’homme qui « corrige » une femme. Ils utilisent le spectre de la moralité domestique pour disqualifier une réussite professionnelle qu’ils ne supportent pas. Pour eux, punir une femme pour une faute imaginaire est l’acte fondateur de leur autorité retrouvée.
Leur stratégie ne s’arrête pas à la diffamation numérique ; ils ont perverti le sanctuaire familial. En s’alliant avec la belle-famille pour orchestrer cette vengeance, ils révèlent leur vision du couple : un lieu de pouvoir où l’homme doit dicter la norme. Ils ont agi avec la conviction absurde et arrogante que la belle famille était à l’origine de ses études et de ses succès, s’imaginant, par un droit de regard rétroactif, propriétaires de son parcours. Ils n’ont pas cherché à construire, mais à exercer une tutelle coloniale sur une vie qui leur échappait totalement.
C’est ici que l’antagonisme touche à son paroxysme : le communautarisme devient un prétexte pour exercer une violence patriarcale sur une femme qui refuse de se laisser instrumentaliser. En volant son identité pour créer un média « de la diversité », ils ne font que reproduire les méthodes de dépossession qu’ils prétendent combattre, confirmant que leur combat n’est pas celui de l’émancipation, mais celui de la substitution : remplacer une domination par une autre.
Ce détournement de l’identité et de la carrière de la chercheuse n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’une pathologie plus profonde : la transformation radicale du couple. Dans cette vision dévoyée, le foyer n’est plus le sanctuaire de la communion où deux époux bâtissent une lignée et transmettent des valeurs, mais le théâtre d’un exercice de pouvoir permanent. Ici, la relation devient une arène de domination, et l’autre une ressource à soumettre ou une propriété à protéger, rendant toute éducation partagée impossible et condamnant les générations futures à hériter de ce même chaos.
La série The Polygamist (Netflix, 2026) illustre avec une précision chirurgicale ce naufrage éducatif. À travers le personnage de Jonasi Gomora, c’est tout le conflit entre un féminisme moderne cherchant son autonomie et une masculinité qui, une fois le pouvoir financier acquis, se transforme en instrument de domination absolue. La série met en scène ce duel où Gomora, au lieu d’utiliser ses ressources pour consolider une alliance comme l’exigerait une instruction noble du rôle de bâtisseur utilise sa fortune pour exercer un droit de propriété sur ses conjointes.
Ce que la série révèle, c’est le résultat d’une éducation devenue une simple « succursale bancaire » de l’ego. L’instruction y est détournée : elle ne sert plus à transmettre des valeurs de communion, mais à justifier des rapports de force où l’homme achète le silence et punit la moindre indépendance par des représailles psychologiques. The Polygamist nous renvoie le reflet d’une faillite éducative profonde : un monde où l’accès à la puissance économique, faute d’avoir été instruit au respect et à la complémentarité, transforme le foyer en une prison dorée. C’est la preuve éclatante que, sans une réinvention de notre manière de transmettre, la réussite matérielle ne fait qu’amplifier la brutalité de nos antagonismes.
Pour lire la prochaine infobulle, nous vous invitons à consulter la n° 189
Infobulle 189 : Féminisme, virilité fondamentale, imprégnation