
Dans le prolongement de notre série précédente dédiée aux mots « culture régionale », « gouvernance » et « altérité », qui nous a permis de prendre appui sur la série Racines (1977), nous souhaitons aborder à présent une nouvelle trilogie conceptuelle : Asymétries, Servitudes, Pouvoirs.
Dans notre précédent témoignage, nous avions évoqué une attaque subie par une amie en lien avec l’histoire de la traite négrière. Dans la mesure où il existe de multiples formes de traites au XXIe siècle qu’elles soient liées aux systèmes de castes en Afrique de l’Ouest, aux trajectoires migratoires ou au travail forcé nous aimerions nous pencher sur les conditions qui mènent, aujourd’hui, à la mise en servitude d’autrui.
Pour cette nouvelle série qui débute avec cette édition n° 163, nous avons choisi de prendre pour miroir le film Le Loup de Wall Street. Scénarisé par Terence Winter d’après les mémoires de Jordan Belfort, ce film, porté à l’écran par Leonardo DiCaprio, ne se contente pas de raconter une ascension financière : il dissèque la mécanique du pouvoir lorsqu’il s’affranchit de toute limite.
Pour commencer, l’asymétrie est définie comme la condition préalable à toute forme de servitude. Elle désigne une configuration dans laquelle les parties en présence ne disposent ni des mêmes ressources, ni du même accès à l’information, ni de la même capacité d’agir. C’est l’écart qui sépare celui qui détient du pouvoir et celui qui le subit.
Il existe plusieurs formes d’asymétries : d’informations, de ressources, de lois ou de structure, celle dite symbolique.
L’asymétrie d’informations concerne tout écart d’informations pertinentes permettant de comprendre un système. L’asymétrie de ressources concerne à la fois les ressources matérielles et financières. L’asymétrie de lois fait appel au système institutionnel et à la capacité à naviguer dans des institutions. La dernière, l’asymétrie symbolique ou psychologique concerne celle qui donne l’occasion à une personne d’imposer sa vue des choses à autrui à travers des moyens dont l’autre est dépourvu.
La servitude ne surgit jamais de nulle part ; elle est l’aboutissement logique d’asymétries laissées sans contrepoids. En créant un déséquilibre irréversible dans l’accès aux ressources, à l’information ou aux normes, le système enferme le dominé dans un espace de choix restreint où la soumission devient la seule issue rationnelle. Cette mise en servitude n’est donc pas qu’un rapport de force brutal, mais un processus invisible : à force d’être répétée et naturalisée, l’asymétrie initiale se transforme en une structure rigide. Dès lors, le pouvoir n’a plus besoin d’imposer la contrainte par la force, car il a réussi à modeler les conditions mêmes de la réalité du dominé, rendant sa sujétion aussi nécessaire qu’indistinguable de sa propre liberté.
La servitude, qu’elle soit héritée par le sang à l’image des systèmes de castes chez les Peuls où le statut social est une assignation immuable , dictée par une dette économique qui enchaîne les travailleurs migrants dans une survie précaire, ou imposée par le travail forcé comme dans certaines filières d’exploitation minière, n’est que le prolongement cruel d’asymétries fondamentales. Chaque situation verrouille l’individu dans un rapport de dépendance où le dominant s’approprie soit son identité, soit son corps, soit son avenir. En privant le dominé de ses marges de manœuvre, ces formes de soumission transforment la liberté en une simple illusion. L’asymétrie initiale se fige ainsi en une prison, faisant du pouvoir le propriétaire exclusif de l’existence d’autrui.
Quels genres, quels types de pouvoirs découlent de ces asymétries engendrant des servitudes dans nos temps modernes ?
Pour tenter de répondre à ces questions, nous traiterons des mots clés suivants :
- Asymétries, servitudes, monde
- Asymétrie, servitudes, genre
- Asymétrie, servitudes, statut
- Asymétrie, servitudes, œuvre
Nous finissons chacune de nos newsletters par un témoignage comme dans la série précédente et nous rappelons que la ressource filmique posée comme ressource contextuelle est
« le loup de wall street ».
Pour lire le premier numéro de cette série, nous vous invitons à lire l’info news à venir :
Infobulle n° 164 : Asymétries, servitudes, monde