Info news n° 162  Culture régionale, gouvernance, évaluation de compétences

Le premier bloc s’élève à partir de la leçon universelle de « Racines » (Roots). Dans ce modèle, l’appareil de capture (la plantation) ne cherche pas à corriger une incompétence, mais à briser une trajectoire d’autonomie. L’artisan d’excellence  le maître forgeron, l’expert agricole détient un savoir qui préexiste au système et qui peut fonctionner sans lui.

L’enjeu de la gouvernance oppressive n’est donc pas d’évaluer une compétence pour la valoriser, mais d’évaluer pour assujettir. Le système tolère le savoir-faire tant qu’il reste captif, mais il criminalise et punit la volonté d’utiliser ce savoir pour s’émanciper et produire de la valeur hors des frontières assignées. Racines théorise ainsi le conflit fondamental entre l’ingénierie interne de l’acteur libre et la paranoïa d’une structure dominante qui préfère détruire la capacité de production plutôt que de la voir échapper à son contrôle.

Le deuxième bloc prend de l’altitude sur l’espace ouest-africain (Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Ghana, Nigeria, Mali, Togo) pour en extraire une théorie de la résistance économique. Face aux idéologies de ce siècle qui tentent d’enfermer le continent dans une loisirisation mémorielle et folklorique, la régionalisation des cultures démontre que les structures traditionnelles sont des matrices de haute technicité.

Qu’il s’agisse des réseaux logistiques mourides, du code de confiance des Market Queens, de la business school à ciel ouvert de l’Igba-Boi, ou de la sélection des aptitudes par les Evala au Togo, la culture régionale n’est pas un passetemps : c’est une science de la régulation et de la négociation transfrontalière. S’élever, c’est affirmer que ces systèmes n’ont pas besoin de la validation ou de la normalisation technocratique extérieure pour exister. La structure interne de ces cultures régionales est leur propre instance d’évaluation : elles valident leurs compétences par l’efficacité de leur action réelle sur le marché, rendant vaines les tentatives d’assujettissement conceptuel.

Le troisième et dernier bloc ramène la doctrine à sa validation clinique la plus pure : la trajectoire de notre amie face au harcèlement des institutions défaillantes en Europe. Ce cas d’école n’est plus une simple agression subie, mais le révélateur universel du fonctionnement des faussaires.

Face à une maman dont l’ingénierie est au service des troubles de ses enfants ainsi que de leur handicap invisible, l’institution administrative active la mécanique de la plantation. Ne pouvant ni intégrer ni soumettre cette  autonomie non créée par eux, elle tente de la loisiriser en la réduisant à une « occupation domestique », tout en infiltrant activement son réseau extérieur pour l’empêcher de partir travailler ailleurs. L’absurdité culmine dans la criminalisation du loisir légitime de son fils, réécrit pour fabriquer un passif familial imaginaire.

Mais c’est précisément ici que la théorie de la tortue triomphe. En s’infiltrant dans ses réseaux pour bloquer ses opportunités, les faussaires signent leur propre aveu de faiblesse : on ne déploie pas autant d’énergie pour assujettir quelqu’un que l’on juge réellement insignifiant. Le harcèlement devient la preuve involontaire, fournie par le système lui-même, des compétences durables et de l’intelligence émotionnelle de la maman. La structure interne, ancrée dans le lien  entre le concept et l’activité, reste inviolable. On peut tenter de bloquer les réseaux d’un esprit libre, mais on ne peut ni feindre, ni voler, ni assujettir son savoir réel.

La série dédiée à la culture régionale et à la gouvernance s’achève sur cette certitude : face aux cages de la relégation et de la dépendance artificielle, l’action réelle et la compétence vérifiée sur le terrain s’affranchissent, à l’image de Kunta Kinté et sa lignée, des cases de la validation.

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