
Nous sommes de retour cette semaine, pour entamer une nouvelle série de newsletters consacrée aux mots clés suivants : culture régionale, gouvernance, altérité.
Pour cette nouvelle série, nous revenons à notre modèle de présentation qui commence par poser un production audiovisuelle comme contexte, avant de présenter les mots clés qui en découlent pour finir par un témoignage personnel.
Pour cette série, nous choisissons le film « Racines ».
« Racines » est un film réalisé par David Greene, John Erman, Marvin J. Chomsky et Gilbert Moses, diffusé en 1977. Ce film a été inspiré par le livre de l’auteur noir américain Alex Haley.
Racines retrace l’histoire de la famille de l’auteur, Alex Haley, sur plusieurs générations, symbolisant le destin de millions d’Africains-Américains à travers le prisme de l’esclavage.
L’histoire débute au milieu du XVIIIe siècle en Gambie (Afrique de l’Ouest) avec la capture du jeune Kunta Kinte, un fier guerrier Mandingue. Enlevé par des marchands d’esclaves, il survit à l’effroyable traversée de l’Atlantique et se retrouve vendu à un riche propriétaire de plantation en Virginie. Malgré les violences et l’obligation de prendre le nom occidental de « Toby », Kunta Kinte refuse d’oublier ses origines et tente de s’évader à de multiples reprises.
À travers sa descendance sa fille Kizzy, son petit-fils « Chicken George », puis ses arrière-petits-enfants, la série traverse les décennies et les grands événements américains (les plantations de coton, la guerre de Sécession, l’abolition de l’esclavage) jusqu’à la reconquête progressive de leur liberté.
Si le film d’Alex Haley met en lumière la douleur du déracinement géographique, il démontre surtout qu’une identité ne peut s’épanouir sans un ancrage profond dans sa culture régionale d’origine.
La culture régionale n’est ni un folklore figé ni une frontière administrative. En sciences de gestion et en anthropologie, elle se définit comme un système de valeurs, de normes, de savoir-faire, de codes comportementaux et de représentations partagés par une communauté humaine ancrée sur un territoire géographique spécifique.
Le concept repose sur l’intersubjectivité locale : ce qui fait tenir un groupe ensemble, c’est l’expérience partagée d’un même espace, d’un même climat, de mêmes ressources et d’une histoire commune de voisinage.
Le but fondamental de la culture régionale est la cohésion et la régulation sociale par la proximité. Elle sert de boussole relationnelle au quotidien. En gestion des organisations, elle agit comme un réducteur d’incertitude : elle permet aux individus de se comprendre immédiatement sans avoir besoin de réinventer les règles du vivre-ensemble.
Elle se caractérise par : l’enracinement, la perméabilité, l’inclusivité du voisinage. En ce qui concerne l’enracinement, elle est indissociable d’un sol, d’un territoire, d’une langue. Pour ce qui est de la perméabilité, il est possible de dire qu’elle absorbe digère et transforme les influences extérieures au fil des siècles. Quant à l’inclusivité du voisinage, elle permet de rassembler ceux qui partagent au quotidien : le marché, la terre, la ville en dehors des constructions théoriques.
L’Afrique de l’Ouest est le parfait exemple d’une culture régionale qui préexiste aux concepts politiques modernes. Bien avant la création des États ou l’avènement du panafricanisme textuel, cet espace partage une gouvernance culturelle endogène caractérisée par : l’éthique du vivre ensemble ainsi que par l’existence des aires linguistiques comme l’espace mandingue, haoussa ou yoruba. Ces espaces abritent font naitre des échanges commerciaux et un brassage culturel qui ne soucient pas des tracés géométriques.
Le Togo est un cas d’école fascinant. C’est un corridor géographique tout en verticalité, qui concentre une immense diversité (plus d’une quarantaine d’ethnies : Éwé, Mina, Kabyè, Kotokoli…).
La ressemblance par le vécu : Au Togo, la culture régionale s’exprime dans la synthèse. Les populations du Sud et du Nord, bien que de langues différentes, partagent une culture de la résilience, un rapport sacré à la terre, et des dynamiques de marché communes. Le Togo démontre que la « ressemblance » n’est pas une uniformité biologique, mais une acculturation mutuelle réussie au sein d’un même espace de vie.
Comment dépasser les clivages laissés par l’histoire sans sombrer dans les discours de repli sur soi qui tendent à se propager actuellement autour de nous en nous appuyant sur la force de nos espaces communs que nous partageons que ce soit à travers les échanges commerciaux, les aires linguistiques et les activités de loisirs et professionnels ?
Nous tenterons de répondre à ces questions à travers les newsletters suivantes :
– culture régionale, gouvernance, négociations
– culture régionale, gouvernance, socialisations
– culture régionale, gouvernance, professionnalisations
– culture régionale, gouvernance, loisirisations