
Pour poser un regard d’adulte sur cette nécessité absolue d’éduquer les populations, de démasquer les leaders corrompus et de protéger la propriété intellectuelle face aux chantages, l’univers d’« Aquaman » nous offre une clé de lecture universelle.
Le grand enseignement de cette saga réside dans la fragilité des esprits face à la manipulation de masse. Que ce soit Orm dans le premier volet ou l’entité obscure de Kordax à travers le Trident Noir dans le second, les tyrans n’agissent jamais seuls : ils utilisent leur statut d’autorité ou des reliques de pouvoir pour subvertir la conscience collective. Ils piratent le système de pensée des citoyens d’Atlantis en leur injectant des récits de haine, les poussant à la guerre contre la surface au nom de rancœurs historiques, au mépris de leur propre sécurité et de leur écosystème.
Le parallèle avec notre témoignage est total. Les leaders corrompus de la fonction publique, tout comme Orm, dissimulent leurs crimes derrière leurs titres officiels et utilisent de longs bras informatiques ou humains pour exécuter leurs basses œuvres, allant jusqu’à piller le savoir et le travail d’une mère pour le retourner contre sa propre famille.
Mais au-delà de la fiction, ce conflit interroge directement notre rapport à l’Histoire et la manière dont chacun choisit de mobiliser l’héritage de l’esclavage et de la colonisation selon ses propres valeurs :
- Les bâtisseurs choisissent de s’élever au-dessus des ruines de ce passé douloureux pour construire un avenir solide et digne.
- Les marchands de chaos, habités par l’obscurité, font le choix inverse. Ils s’enferment dans une construction intellectuelle artificielle, orchestrant une vengeance toxique qui cherche à faire revivre et subir à d’autres les traumatismes d’hier. Cette logique de destruction est à l’opposé direct de la profondeur des traditions africaines authentiques.
Prendre soin de la mer pour y développer une économie bleue saine rejoint la sagesse de peuples qui revendiquent depuis toujours leur harmonie avec la nature. C’est le cas du peuple Éwé, dont la cosmogonie sacralise le lien entre l’homme, les esprits de l’eau et les éléments naturels. Pour ces traditions, polluer l’océan ou détruire la vie d’une communauté par la ruse et le vol est un sacrilège contre l’ordre de l’univers.
Face à ceux qui répètent en boucle que « l’Afrique doit faire seule pour elle-même », la réalité économique et géopolitique rappelle que l’Afrique fera avec les autres (ne serait-ce qu’à travers les financements internationaux comme le programme WACA) pour elle-même. Comme le dit si bien le vieux proverbe africain : « Tout seul on va vite, mais ensemble on va plus loin ».
Trouver un terrain d’apaisement et d’entente autour des mémoires de la colonisation ou de l’esclavage doit être un travail collectif, mené par de vrais spécialistes de tous horizons (historiens, anthropologues, juristes), et non l’initiative de groupuscules frustrés dont les ambitions de pouvoir ne font plus aucun doute.
Attaquer une jeunesse de 18 ans au nom des fautes du passé est un acte aussi destructeur pour l’avenir de tout le monde que celui qui a jadis été posé par les oppresseurs.
Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent. La paix et la clarté des institutions seront toujours plus appréciables que le chaos apocalyptique ou le déluge.