Info news n° 147  Femmes, beauté responsable, compétence

« Lorsque la quête de la beauté devient un poison lent pour le corps… »

Nous poursuivons le cas de N. en interrogeant la nature des compétences à déployer face à ces systèmes de prédation. Pour comprendre comment une telle machination s’installe, il faut revenir à la racine de l’illusion.

Lorsqu’elle était enfant ou jeune fille, elle a vu des femmes se servir de ces produits dits illicites. À l’époque, personne ne connaissait réellement les conséquences invisibles qui se tramaient dans l’organisme. En réalité, ces femmes ont donné l’impression de vouloir changer physiquement pour afficher une aisance sociale ou financière ; l’altération des corps était alors perçue comme le symbole absolu de la richesse, de l’opulence et d’une réussite réussie. C’était un secret de polichinelle : cela se murmurait dans les conversations, mais personne n’avait jamais vraiment vu l’envers du décor ni mesuré le piège qui se refermait. Comme beaucoup, prise dans l’engrenage de ces normes esthétiques et de ces codes de statut social imposés, elle s’est elle-même défrisé les cheveux à plusieurs reprises, traversant cette expérience de modification corporelle avant de faire le choix d’y mettre un terme définitif.

La rupture avec le réel s’est manifestée lorsque N. est devenue adulte. Le vernis de l’opulence s’est effondré pour laisser place à une déchéance physique terrifiante. Certaines de ces femmes ne pouvaient plus du tout sortir lorsque le soleil brillait dans le ciel ; la destruction de leur barrière cutanée était telle que les rayons UV provoquaient des brûlures immédiates. Elles étaient contraintes d’attendre que le soleil se couche, ou commence à se coucher, pour oser paraître à l’extérieur. À cet isolement social se sont ajoutés de graves problèmes de vue, des douleurs intolérables aux articulations et des défaillances systémiques liées à la pénétration des toxiques dans le sang ».

Ne sommes -nous pas face à un problème de compétences ?

Ce drame humain pose une question fondamentale sur notre système éducatif et l’instruction. Aujourd’hui, l’appareil académique et professionnel pousse les individus à devenir des spécialistes ultraciblés de manière extrêmement précoce. On forme des techniciens, des experts sectoriels, des cadres d’exécution performants dans leur micro-domaine, mais totalement démunis face aux règles élémentaires de la préservation de soi.

Cette hyperspécialisation nous empêche d’acquérir l’instruction transversale et les compétences systémiques nécessaires à notre propre survie biologique et financière. En confiant notre santé et nos modes de vie à des tiers, nous devenons analphabètes face aux signaux de notre corps et aux étiquettes du marché.

Ce n’est pas un hasard si les « riches autodidactes » en Afrique sont historiquement les premières victimes de ce fléau. Ayant acquis une immense aisance financière par leur génie des affaires, leur travail ou leur opportunisme, ils maîtrisent parfaitement les codes de la création de richesse. Cependant, le manque d’une instruction globale et d’une éducation scientifique de base les laisse désarmés face aux faussaires.

Pour afficher leur réussite et leur opulence nouvelle, ils achètent les marqueurs physiques de la richesse vendus par le marketing prédateur, sans posséder les clés de lecture pour décoder la toxicité de ce qu’ils ingèrent ou appliquent sur leur peau.

Leur capital financier était grand, mais leur capital d’autonomie sanitaire était nul : ils sont spoliés par les « faiseurs d’argent » parce qu’aucune école ne leur a appris à décrypter les poisons de l’industrie ».

Faire de la beauté responsable une compétence, c’est précisément exiger un retour à l’instruction générale et à l’éducation à la santé. Le parallèle entre l’hygiène de vie physique et la cosmétique éthique repose sur les mêmes piliers de survie :

Le Savoir : Sortir de l’expertise étroite pour acquérir une culture générale de la santé. Savoir lire la composition réelle d’un produit (savons, shampooings, laits) comme on lit un contrat financier. C’est refuser de déléguer sa vie à des réseaux clandestins.

 Le Savoir-être : Comprendre que l’aisance financière ne doit pas se traduire par la modification ou la destruction de ses barrières biologiques. La véritable opulence réside dans l’immunité physique et la liberté de marcher en « plein soleil », sans dépendre d’artifices destructeurs.

 L’Aptitude : Développer des compétences d’auto-défense sanitaire. Tout comme N. refuse la spoliation intellectuelle de ses recherches par des proxys bureaucratiques, la beauté responsable exige de refuser la spoliation de son capital senior par les fraudeurs du marché cosmétique.

L’éducation et l’instruction globale ne sont pas des options de confort ; ce sont les compétences de survie ultimes. Elles transforment l’individu passif en un acteur souverain, capable de protéger ses proches, son argent et sa santé contre les rouages d’une industrie parallèle cynique.

Cette dynamique de reconquête par le savoir est mise en lumière dans la mini-série Self Made : d’après la vie de Madam C.J. Walker, réalisée par Kasi Lemmons et De Mane Davis en 2020. L’histoire retrace le parcours de la première femme noire millionnaire par elle-même, qui a bâti son empire capillaire au début du XXe siècle. Confrontée à la perte de ses cheveux causée par des produits de fortune toxiques et la misère, sa trajectoire bascule lorsqu’elle accède à des soins sains. Mais sa véritable force réside dans la création d’écoles de formation : elle a instruit des milliers de femmes sur l’hygiène, la physiologie du cheveu et l’indépendance financière. En transformant le soin en une compétence globale transmise par l’éducation, elle les a armées contre l’exploitation  de leur destin.

Mais cette compétence est-elle vraiment reconnue ? Comment pourrait-elle être valorisée ?

Nous poursuivons cette exploration dans l’info news à venir :

Info bulle n° 148 : Femmes, beauté, responsable, valorisation

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