
Nous poursuivons notre série d’info bulles commencée en n° 131 consacrée aux contes et aux métissages. Nous avons commencé à faire le portrait de la mère du personnage A souvent citée dans nos fictions après avoir évoqué ses fils (n°124-130).
Dans cette série, nous choisissons d’aborder les différents mélanges qui traversent cette région et impactent les personnes qui y vivent à travers les paysages, les reliefs, les liens, l’arborescence. Nous présenterons tout de même des frontières lors de la dernière infobulle de la série de newsletters.
Après avoir évoqué les paysages dans la newsletter n° 132, nous consacrons la présente n° 133 aux mots clés suivants : contes, métissages, reliefs.
En géographie, le relief met en lumière un ensemble de points de différences autour de la surface de la terre. Il désigne des variétés de hauteurs et de formes jalonnant le paysage. Il est possible de distinguer quatre catégories de reliefs : les plaines, les plateaux, les collines, les montagnes.
Au Togo (actuellement) , se trouvent : la plaine côtière du Sud, le plateau de la terre de barre, la chaîne de l’Atakora, où se trouve le point culminant le mont Agou qui pointe à 986 mètres d’altitude, les plaines du nord.
L’ancien Togo britannique correspondait à la partie occidentale du mandat de la société des nations qui est devenu plus tard une partie du Ghana actuel. Leur relief dans cette partie est dominée par le prolongement de la chaine de l’Atakora. Il y a les Akwapim-Togo Ranges, la vallée de la Volta. En effet avant la création artificielle du lac de barrage, cette zone était marquée par les besoins fluviaux bordant les reliefs montagneux. Il y a enfin le plateau de Buem qui rassemble des hautes terres située au nord.
Nous pourrions tenter de traduire l’histoire et l’identité du métissage issu des deux peuples Ewe ( peuple autochtone de la région) et Aguda ( descendants d’afro-brésiliens retournés en Afrique) en termes de reliefs.
Nous pourrions alors voir que l’identité du peuple Ewe est un massif de montagnes anciennes dont les racines plongent dans la plaine du Notsé (le socle Ewe), mais dont les sommets ont été sculptés par les vents du grand large. Le relief Ewe est comme une chaîne de collines protectrices : une succession de vagues de migrations, solides et liées entre elles par la langue et la terre. Sur ces collines viennent s’adosser les Aguda, tels des amoncellements rocheux aux formes singulières. Ils sont ces ‘reliefs de retour’ : des architectures qui s’élèvent au milieu de la savane, apportant des angles nouveaux (noms portugais, façades colorées) sur un paysage déjà riche.
Ensemble, ils forment un plateau de métissage : une terre haute où l’on ne sait plus si l’inclinaison vient de la tradition ancestrale ou de l’influence transatlantique, créant ainsi un paysage humain où chaque « creux » (les épreuves de l’histoire) a fini par être comblé par une ‘bosse’ de résilience et de culture partagée.
Pour évoquer le relief s’agissant du portrait de la mère de la A, que nous avons nommé Akoua-gan nous pouvons parler de : caractère, couleurs, force, et côté pittoresque. Elle fonctionne selon des principes : de verticalité, d’obéissance, principes du moins avec ceux qui sont sous sa responsabilité. Du point de vue des couleurs, elle a une allure décontractée avec un style traditionnel et classique. Son caractère va l’emmener à se sortir de sa condition non pas seulement grâce à un homme mais parce qu’il lui a reconnu une qualité qui l’a lui-même servi longtemps.
Peu avant son arrivée alors qu’elle vivait toujours dans une demeure familiale qui appartenait à sa grand-mère. Elle était modeste. Son salaire d’employée de la fonction publique finissant très vite avant la fin du mois, elle a pu acheter un taxi comme beaucoup dans les pays d’Afrique et embauché un chauffeur pour accroitre les revenus. Servant toujours ses mentors, l’une d’entre elle lui un cadeau, un terrain lors de la naissance de sa fille unique A. en guise de rétribution pour tous les services qu’elle savait leur rendre. Elle prit un prêt à la banque et fit construire une villa qu’elle s’est mise à louer aux expatriés qui furent de retour. Les premiers qu’elle a jugés solvables furent un couple mixte qui y restèrent quelques années avant de leur construire eux-mêmes leur demeure.
Elle avait déjà trois enfants. Deux garçons et A. la fille unique. Nous précisons que ses deux parents sont déjà décédés. Elle vit chez sa grand-mère maternelle dans un quartier normal dit populaire.
La voyant démultiplier ses efforts, pour s’en sortir, cet homme que nous avons décrit comme un « prince » charmant apprécia sa « débrouillardise » terme dont il se servait souvent pour la qualifier. Lui-même avait effectué des études en France, était de retour, était analyste financier dans une banque sous régionale dont le siège était dans la ville. Quelques années plus tard il eut de plus grandes responsabilités dans un des pays voisins dans le secteur privé. Il était parti gérer une filière florissante de ce pays voisin grâce à son carnet d’adresse personnel.
Il en fut profiter également Akoua-gan. C’est ainsi qu’il a pu financer les études à l’étranger de A.
Pendant les premières années du séjour de A à l’étranger, sa mère avait changé de dimension. Son ex-compagnon l’avait aidée à déménager dans un environnement plus sécure pour elle et sa maisonnée, il avait contribué à agrandir son parc de voitures : elle avait désormais deux « télé taxis », un taxi, un bus et une voiture personnelle.
Dans le contexte des affaires et du standing au Togo (et dans d’autres capitales comme Lomé), le télétaxi désignait ces véhicules de location haut de gamme, climatisés, avec chauffeur, destinés à une clientèle VIP ou professionnelle.
Il l’avait incité à laisser tomber son travail d’employée de bureau dans la fonction publique. Elle cuisinait uniquement pour le plaisir et parfois pour les affaires et n’était plus « l’assistante de ses deux mentors au féminin ».
Avec lui, elle eut un garçon. Ce qui lui fit au total : quatre enfants, trois garçons et une fille nommée A dans nos fictions ou Essiee dans d’autres newsletters.
Mais cette soudaine éclaircie et semblant de bonheur fugace, réveilla le sort… la malédiction lancée contre ces femmes métissées. Une montagnes d’obstacles, une plaine de douleurs, de fake news, de mensonges , de trahisons de batailles incessantes vont se déclarer dans la vie d’Akoua-gan l’obligeant à laisser tomber cette relation près de quinze ans après.
La politique s’en était mêlée, le pays avait connu quelques soulèvements. Beaucoup de migrations ou de départs en exil se sont produits à ce moment-là. Il est reparti en France pensant revenir quelques mois après. Elle se réfugia quelques années dans le Ghana voisin mais au final l’éloignement et les batailles incessantes eurent raison de cette union à l’africaine.
N’ayant pas vaincu cette malédiction, ses descendants en auront -ils hérité ? quelle est véritablement la nature de ce sort ? Nous verrons dans la prochaine infonews 134 que les reproches qui ont été faits à A durant les attaques inouïes et étranges qu’elle a subie suite à un diplôme qu’elle est partie obtenir en se formant, ont été les mêmes qui avaient été adressés à Akoua-Gan trente années auparavant sous d’autres cieux et par la bouche d’autres personnes.
Nous continuons le portrait d’Akouan-Gan dans l’infobulle à venir :
n° 134 : Contes, métissages, liens