
Info News n° 132 Contes, métissages, paysages
Il était une fois une petite fille qui se prénommait « Akoua-gan ». Elle vivait dans une petite maison peinte en blanc entourée de palmiers, de cocotiers, de goyaviers, de manguiers. Elle avait huit ans.
Elle étudiait à l’internat chez des sœurs. L’une de ses tantes agudas était une religieuse. Elle et d’autres jeunes filles de sa famille et bien d’autres y étaient scolarisées durant les périodes scolaires. Elle rentre chez elle pendant les vacances. Elle n’aime pas cet endroit, c’est trop strict. Elles ne s’amusent pas beaucoup. Elles ne sont pas très tolérantes, elles punissent sévèrement.
Les hommes blancs sont encore les chefs dans son pays. Ce sont eux qui dirigent, qui décident avec certains locaux. La ville est belle, les maisons sont bien construites, les routes sont propres…
Les années passèrent…
Les Français sont sur le point de partir, les autochtones ont voté pour l’indépendance à l’assemblée.
Ils repartent progressivement en métropole. La grand-mère maternelle d’Akoua-gan qui faisait des va et viens entre sa ville de Keta en zone anglophone et la partie francophone, revient définitivement s’installer dans la ville où se trouve Akoua-gan. Avec elle, des traditions d’ailleurs, des contes, des rites, des statuettes tout cela détonait franchement avec ce qu’elle avait appris chez les religieuses mais c’était sa grand-mère. Elle devait l’accepter telle qu’elle était.
De l’autre côté, les agudas étaient installés dans l’ancienne capitale et ville historique où se trouve la maison des esclaves (d’où ils partaient pour l’inconnu). Cette ville était bordée par l’océan atlantique et par le fleuve le mono avec un point de jonction appelée embouchure. Cette ville abrite une église construite par ces agudas mais est également le temple de l’animisme. Cette localité est également une ville frontière à l’Est avec l’ancien Dahomey appelé désormais Bénin.
C’est donc entourée par ce melting pot d’ influences multicolores que la désormais jeune Akoua-gan évolua.
Il se murmure que les peuples autochtones ayant subi à la fois l’esclavage et la colonisation leur auraient lancé un sort du moins à ceux qui avaient collaboré avec les conquérants :
« vos femmes seront maudites… ».
Ce qui peut paraitre étonnant puisque le matriarcat et le patriarcat chez les peuples Ewe coexistaient d’une façon complémentaire et harmonieuse, quel est le sens de cette malédiction prononcée? Pourquoi est -elle lancée uniquement contre les femmes ?
Akoua-gan est désormais une adolescente. Elle vient de perdre sa mère. Elle ne s’est jamais remise de l’accouchement de son troisième enfant. Elle a eu Akoua-gan puis deux garçons.
Elle vient d’avoir l’équivalent du brevet des collèges. Elle se voit obligée de quitter l’école pour suivre une formation. Elle veut devenir aide-comptable. L’oncle maternel qui devait lui payer ses études a perdu son job, il ne peut plus le faire. Les autres s’occupent d’autres enfants en plus des leurs.
Elle ne sera ni envoyée en France comme certains, ni au Lycée, encore moins à l’université comme la plupart de ses demi-sœurs ou cousines à l’époque. Elle veut en parallèle apprendre à bien cuisiner. Cependant elle va se servir de ce métissage lié aux origines et à celui laissé par les occidentaux à travers le modèle de formation ou d’instruction pour s’en sortir.
On lui dit qu’elle est douée mais ce qu’elle veut, c’est apprendre. Elle va donc s’approcher d’une de ses tantes agudas qui possède ce talent qui va lui donner des conseils. Elle veut suivre les traces de sa mère, elle veut apprendre aussi à faire du commerce. Elle s’approche de deux femmes plus âgées qu’elle qui étaient les amies de sa mère. En devenant une sorte d’assistante pour elles, elle va apprendre les rudiments du commerce auprès de ces femmes qui deviendront plus tard avec d’autres des pionnières connues dans toute l’Afrique pour la prospérité de leurs commerces de textile.
En regardant comment ces commerçantes réinvestissement leurs économies ou bénéfices dans l’immobilier, elle deviendra d’une manière « informelle » une intermédiaire de l’immobilier pour son carnet d’adresses bien fourni qui s’est enrichi au fil du temps.
Elle organise sa vie autour de ces trois activités pendant la première partie de sa vie d’adulte.
Elle s’installe chez sa grand-mère toujours vivante, qui l’accueille, elle y fait des enfants, le sort est réel, elle ne s’est pas mariée, sa grand-mère l’aide… Une solidarité familiale s’organise autour de ses enfants. Ils en prennent soin tandis qu’elle vaque à ses nombreuses occupations pour ramener de l’argent.
Mais un beau jour, malgré le fait qu’elle ait déjà des enfants, un homme aux allures de prince charmant arrive, il n’a pas de carrosse mais une belle voiture de collection, elle le connait depuis longtemps, mais c’était à présent différent. Il est le fils du deuxième dirigeant du pays, celui qui est venu après l’assassinat politique du père de l’indépendance. Le sort est-il enfin déjoué ?
Nous continuons la suite dans la news info n° 133 Contes, métissages, reliefs