Info news n° 131 : Conte, métissages, Fantastique

Dans la continuité des newsletters précédents, et pour en revenir au style de la fable (n°90-n°96), nous proposons cette semaine le portrait de la mère du personnage de A qui a évoqué des faits dits historiques lors de sa conversation avec son amie Z’Ora (n°118-123). Nous proposons de l’illustrer par un récit fantastique mêlant passé et présent. Nous prenons appui sur la série disponible sur les plateformes numériques « once upon a time » qui a été créée et produite par un duo Adam Horrowitz et Edward Kitsis en 2011 et diffusé en France en 2012.

Cette histoire met en scène une malédiction qui tire sa source dans des temps anciens et qui se répercute dans la vie des personnes du temps présent. Le lien entre le passé et le présent est un livre de conte qui est détenu par un petit garçon du nom d’Henri qui est le seul à comprendre ce qui se passe et qui va tenter tout au long du film de convaincre les adultes.

Nous prenons appui sur cette série pour conter sous forme de récit fantastique une histoire dont le personnage principal sera la mère du personnage A. Ce récit va tenter sous forme ludique d’expliquer les liens entre le passé et les attaques subies par cette lignée dans le temps présent.

Pour commencer, le conte n’était pas considéré comme un divertissement, il avait une utilité sociale. Il se raconte que les contes existaient bien avant l’écriture. Il avait d’abord une fonction pédagogique voire politique. Il fallait transmettre des lois, des interdits au peuple. En Europe, les auteurs comme Perrault au XVIIe siècle ou encore les frères Grimm au XIXe siècle ont permis d’immortaliser ces récits en les retranscrivant par écrit bien que la substance de ce style reste la dynamique du mouvement.

Pour les sociétés africaines et particulièrement chez le peuple Ewe, le conte est l’outil souverain de l’oralité. La parole crée la réalité. Le conte permettait alors de réguler la société, de faire des critiques acceptées de la hiérarchie grâce aux métaphores animales par exemple, et de graver la généalogie dans la tête des enfants. C’est par ce biais que les identités ont pu survivre aux aléas de l’histoire avec un grand H, aux frontières imposées et aux années d’exil.

C’est par ce biais, que notre arrière grand -mère que nous avons connu originaire de la ville de Keta, appartenant au  peuple Ewe nous transmettait sa sagesse les soirs avant que nous n’allions nous endormir.

Nous souhaitons conter l’histoire de la mère du personnage de A à travers le style oral de ses origines. C’est l’histoire d’une femme née à la croisée des chemins, de l’histoire qui possède le sang des Ewe par sa grand-mère Ewe situé dans l’ancien Togo britannique et parents agudas (descendants des afro-brésiliens) installés sur la côte ouest africaine vivant en harmonie avec le peuple Ewe.

Pour comprendre le contexte historique dans lequel nous situons ce conte, il faut remonter à la fin du XIXe siècle. Le Togo est l’un des rares territoires d’Afrique à avoir connu une valse de souverainetés européennes en moins d’un siècle. Tout commence en 1884 avec le Protectorat allemand (le Togoland), une période de construction d’infrastructures rigoureuses et d’imprégnation culturelle germanique. Mais la Première Guerre mondiale vient briser cette unité : dès 1914, les forces alliées envahissent le territoire, menant à un Condominium franco-britannique éphémère.

Le tournant décisif survient en 1916 (officialisé en 1922 par la Société des Nations) avec la partition du pays : la France reçoit le mandat sur l’Est (le Togo actuel) tandis que le Royaume-Uni administre l’Ouest (le Togo britannique). Cette séparation arbitraire coupe le peuple Ewe en deux, plaçant des familles entières de part et d’autre d’une frontière linguistique et administrative. Pendant que les villes d’Aného ou de Kpalimé s’ancrent dans le modèle français, des cités comme Keta basculent dans l’orbite anglophone. En 1956, un référendum historique scelle le destin du Togo britannique, qui choisit l’intégration au futur Ghana, transformant définitivement des frères de sang en ressortissants de nations différentes. C’est dans ce sillage de mutations constantes, quelques années seulement avant l’indépendance de 1960, que la mère de A. voit le jour, héritière d’une terre qui a dû apprendre à résister au rythme des changements de drapeaux.

Afin de tenter de conjurer le sort  qui poursuit cette lignée à l’instar de la référence audiovisuelle choisie, et tenter de comprendre  laquelle des générations a été choisie pour la vaincre, nous comptons aborder les thèmes suivants :

  • Contes, métissages, paysages
  • Contes, métissages, reliefs
  • Contes, métissages, liens
  • Contes, métissages, arborescence
  • Contes, métissages, frontières

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