Info News n° 112 : Paradigme, activisme, identité

Nous continuons la série entamée cette semaine qui traite de changement de paradigme, de pratiques d’activistes politiques et de conquêtes territoriales.

Dans la newsletter précédente, nous avons vu comment le concept Ewe Patapaa peut permettre d’isoler une cible.  Etant donné qu’isoler ne suffit pas pour justifier un prélèvement aux yeux d’une audience, pour ces « Vikings des temps modernes », l’étape cruciale est la Désignation de Cible.

Les activistes-influenceurs n’ayant aucun ancrage réel (pas de parti, pas de terrain, pas de mandat). Ils  peuvent être considérés comme des entrepreneurs de l’image. Passant leur vie   à se fabriquer une image de « sauveur » ou de « justicier » souvent à l’opposé de leur réalité ils sont convaincus que tout le monde fonctionne selon ce même mode opératoire : la dissimulation.

Ainsi appliqué aux pratiques du net, le patapaa devient un patapaa de 3.0 qui va amener les assaillants à fabriquer un ennemi légitime à abattre. Le Patapaa 3.0 ne se contente pas d’être insolent ; il est démiurge. Il crée une réalité parallèle pour justifier le crime.

Il y a d’abord la projection de l’ennemi : si la victime ressemble à ceux qu’ils prétendent combattre, ils vont supposer qu’elle est de facto comme eux sans plus de recherche sérieuse que cela.

Il y a ensuite la justification du prélèvement : arriver à donner à une cible les caractéristiques de leurs ennemis habituels va pouvoir justifier le fait qu’elle soit évincée, privée de ses propres ressources, de ses outils. Le monde qui va assister à cela, ne bougera pas puisque cette « punition » sera acceptable.

Nous retrouvons aussi cela dans la série « The Last Kingdom » (2015), ce modus operandi est le moteur du drame. Uhtred le personnage principal est un héritier légitime, un guerrier qui sauve le royaume à de nombreuses occasions par son art de la guerre et sa connaissance des vikings. Pourtant, dès que le pouvoir veut le spolier de ses terres ou de son or, on ressort l’étiquette du « païen », du « Viking » ou de « l’ennemi du dogme ». On lui plaque, comme on peut marquer au fer rouge un animal, une identité qu’il ne revendique pas pour expliquer qu’on le prive de ses droits naturels.  

Les activistes modernes ont fait subir à Essiee la même « vikingisation » forcée : ils ont créé un avatar détestable pour que personne ne s’indigne de son prélèvement. En effet Essiee n’était plus la personne qu’elle était sensée être dans la vie de tous les jours. A chaque fois qu’elle était quelque part, on cherchait des traces de tatouages sur son corps de façon maladroite alors que celle -ci n’en a jamais eu de sa vie. Les habitudes crées par les vikings du net lui étaient systématiquement attribuées. C’était à Essiee de prouver ce qu’elle a toujours été. Elle avait l’impression qu’on lui faisait un procès pour ce qu’elle est au lieu de questionner les intrus, les barbares du net. Ses pages, ses marques, ses créations étaient dupliquées, copiées, partagées, raillées, pointées du doigt.  Ils ont fait faire des titres de transport de sa ville à son nom. Ils ont créé des comptes à son nom. Ces êtres virtuels donnaient l’impression d’être dans une caverne d’Alibaba prenant son labeur tout en la menaçant via des messages interposés « accepte, la mauvaise vie vaut mieux que la mort… si tu refuses on va te tuer tu vas voir ».

Cette stratégie de désignation est une arme redoutable mais elle est tributaire des « vues ». L’activiste 3.0 n’existe que par l’adhésion de son audience à sa « Story ». Le Patapaa 3.0 occupe donc l’espace pour empêcher la réalité de filtrer. Cependant si le masque montre une fissure quand on montre que la cible n’a rien à voir avec l’avatar créé l’influenceur perd sa crédibilité.

En effet, sans ennemi, le préleveur n’est plus qu’un vulgaire voleur. La baisse de son audience est alors immédiate, car la « justice » qu’il vendait se révèle n’être qu’une prédation de bas étage.

Pour arriver à notre formule prévue pour la conclusion de cette réflexion, nous proposons ci-dessous la variante indice de désignation de la cible.

Le succès du prélèvement est proportionnel à la crédibilité de la fausse identité projetée.

Le taux de capture identitaire :

Patapaa 3.0 x réalité parallèle (crée par les faussaires)

Cohérence du récit

Si à l’énoncé de la vraie vie du personnage cible, la clarté des faits montre  l’ancrage réel, la réalité parallèle mise en route par les vikings du faux est bancale. La cible a alors une chance de s’en sortir si le faux se limite à l’identité et aux croyances.

Pour asseoir l’opérationnalisation de cette énergie destructrice « Patapaa » appliquée au net, que peuvent encore mettre en œuvre  les conquérants du virtuel pour renforcer leur position ?

Nous le saurons dans l’info news n° 113 : Paradigme, activisme, parcours.

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