
Nous terminons la série de newsletters entamée en début de semaine concernant les femmes et les formes d’ascension qui transparaissent de leurs trajectoires privées ou professionnelles. Cela nous a permis de mettre en opposition deux styles d’élévation : héritée ou transmise contre celle qui gagnée, conquise à travers les newsletters précédentes.
Nous nous attaquons dans cette newsletter n° 239 à une autre forme d’ascension : celle qui est construise pièce par pièce. Les mots clés à retenir sont : femmes, ascension, conquête.
Nous avons choisi pour cette série de newsletters les Tudors comme référence audiovisuelle en nous focalisant sur les femmes de la cour du Roi Henri VIII au moment de la séparation de leur église d’avec celle de Rome avec la création de l’église anglicane.
Nous rappelons que l’élévation qui est conquise est celle qui a été gagnée par l’auteure de la position, de l’autorité, du poste, de la responsabilité. Il peut s’agir d’une conquête par les compétences, par le savoir-faire, une conquête gagnée par un jeu d’alliances, ou encore par les urnes.
Ici, nous souhaitons aborder une autre forme de conquête, celle qui se réalise non pas en opposition à un modèle dominant, à un rival pour se distinguer mais celle qui nous convient. Nous parlons ici de réalité propre, celle qui touche à nos croyances, à nos idéaux et à la vision que nous nous faisons de l’élévation, de l’ascension.
Il existe plusieurs formes de conquêtes : celle qui touche au territoire, à l’espace, celle qui crée une tendance, celle qui trouve un espace au milieu d’un ensemble occupé par d’autres, celle qui se crée sa place.
Ceux qui jadis arrivaient sur des terres non occupées ou partiellement habitées étaient nommés des conquérants. Le fait de l’occuper d’y asseoir un style de vie inspiré de leur terre d’origine et adapté à ce milieu était considéré comme de la « civilisation ».
De même lorsque des personnes décident de poursuivre leur passion tels que les artistes ou les sportifs de haut niveau, ils sont encouragés car ils sont considérés comme « vrais, authentiques, courageux ». Surtout lorsqu’ils réalisent des performances inégalées en traversant la manche en moins de temps que tous les autres avant eux ou qu’ils réalisent une performance d’alpinisme sur les monts les plus hauts, ils sont mêmes célébrés pour ces prouesses.
Lorsqu’une personne part avec son sac à dos alors qu’il était cadre dans un pays dit développé et décide d’aller faire le tour du monde soit seul soit avec femmes et enfants, pourquoi des reportages leur sont consacrés pour les valoriser ? Est-ce parce qu’ils ont osé faire ce qui leur plaisait dans la vie ?
Mais nous nous sommes rendus que ce sont presque tout le temps les mêmes types de personnes qui nous sont montrés comme si certains étaient autorisés à vivre leur vie et que d’autres ne l’étaient pas. Peut être aussi que les volontaires qui acceptent de se faire filmer et de se montrer ne sont pas nombreux ?
Cette situation présenterait -elle un biais dans la tête de ceux qui regardent en pensant que la liberté et le libre -arbitre sont réservés aux uns et la vie de contraintes de sacrifices de privation au mépris de la santé mentale ou santé tout court serait réservée aux autres ?
Pourtant l’histoire et les livres regorgent d’exemples, de cas, de personnes qui ont su créer leur propre voie, voix, leur chemin, leur vie, fait des choix pour eux-mêmes sans que cela ne soit considéré comme le rejet des autres ou un danger pour autrui.
Mais qu’est ce qui fait que dans certains milieux peu éclairés sans doute, nous ne jugeons pas, nous nous interrogeons, certains se sentent en danger lorsque d’autres vivent leur vie sans pourtant chercher à empiéter sur la leur ou à leur prendre quoi que ce soit ? Pourquoi ces gens-là ont du mal à dormir tranquille la nuit parce qu’une tierce personne a fait ses choix ?
Faut-il être forcément être à la cour du roi ou en compagnie des puissants pour être protégée ? La normalité devient -elle un danger pour ceux qui font des choix qui paraissent singuliers aux yeux des autres ?
Nous présentons ci-dessous le cas que nous avons choisi dans la référence audiovisuelle, puis nous enchainons avec la fin du témoignage de notre témoin.
Dans la référence audiovisuelle retenue : les Tudors, nous voyons le cas de J. Seymour. Elle parvient à devenir reine non pas en évinçant la reine mais en construisant son image, sa position et en étant patiente voire passive. Son passé de catholique est connu et su et on craint son influence sur le roi mais selon nous, elle ne se met pas en avant, mais se met au service de son peuple. Elle ne rentre pas dans les batailles de croyances, ne tente pas de changer l’histoire et finalement donne l’héritier mâle au roi, celui qu’il attendait depuis longtemps. Elle meurt des suites d’une maladie sans jamais avoir été répudiée ou subi le châtiment de la décapitation.
Dans le cas de notre témoin cité depuis le début de la série, nous voyons qu’elle est entourée de personnes qui s’affrontent pour des postes des positions, une autorité une reconnaissance. Consciente de son identité, de son parcours, de ses limites, des possibilités de discrimination liée à son âge, à son genre et à sa couleur de peau, elle a choisi de se créer son travail tout en s’occupant de ses enfants. Mais ces personnes qui n’ont que la guerre comme moyen de communication, la soumission de l’autre comme langage comme marqueur ou indicateur de réussite sociale ont choisi de faire de sa vie un enfer.
Ainsi, ils ont tenté de priver son enfant, son dernier de traitement. Devant son étonnement et sa volonté de s’expliquer, elle a d’emblée été traitée de « raciste anti blancs » ! Et ici des questions supplémentaires s’imposent :
Donc refuser de s’accuser d’un crime que l’on n’a pas commis, décider de partir d’un lieu qui n’a fait que nous mépriser est-il un crime ? Refuser les avances de quelqu’un qui peut être considéré comme supérieur hiérarchique alors qu’on est une femme mariée est-il un acte raciste ? La mettre elle et sa famille sous surveillance pour lui dire qu’elle ne sera jamais libre à moins qu’elle ne s’en aille est -il un acte de défense contre une raciste?
L’obliger à rentrer dans un groupe dont le fonctionnement s’apparente davantage à celui d’une secte est-il un acte de défense anti raciste ?
Comment se fait -il que ces personnes se sentent menacées par une personne discrète réservée vivant sa vie avec les siens parce qu’elle ne veut pas livrer des batailles inutiles ?
Ils se sont permis de lui envoyer la vidéo d’une de leurs icônes qui lui demandait si elle en savait plus que les experts ? Prétendant que leur rôle d’expert leur donnait le droit de lui dire qui elle devait être dans la vie. A cette question irrespectueuse, elle fait savoir que nul ne peut se prétendre expert de la vie privée d’autrui aussi diplômé soit-il.
Le droit de construire sa vie, sa trajectoire n’est-il réservé qu’à certains ?
Nous voyons que l’invisibilisation de certaines populations créé une sorte de « bug » dans l’esprit de ceux qui n’ont pas l’habitude de les voir autrement qu’à travers les clichés et les stéréotypes véhiculés sur elles.
A moins qu’il n’y ait un projet caché, inavoué pour notre témoin ? Son départ empêche-t-il la réalisation de ce projet?
Quoi qu’il en soit, le fait de la poursuivre avec autant de rage, y compris en faisant appel à des activistes prônant le séparatisme, le rejet de l’autre et la révolution, ne laisse rien présager de bon pour elle et sa famille.
Nous proposons une conclusion à cette série dans l’info bulle n° 240 : Femmes, ascension, confirmation.