Info news n° 151 Économie bleue, travail, africanisations

« Ma mère me racontait cette histoire d’une perversité inouïe : un homme est venu trouver les autorités de son pays d’origine pour cibler une ressortissante partie vivre et travailler à l’étranger. Lui et ses complices avaient fabriqué un deepfake de la fille de cette dame. Le marché était d’une violence absolue : soit la mère livrait le passeport africain de sa fille pour qu’elle leur soit donnée comme servante, soit elle était jetée à la rue pour payer une lourde rançon. Plus tard, le mobile de cet homme a éclaté : une vengeance historique. Il accusait les familles métisses de cette côte d’avoir, jadis, collaboré avec les Européens dans la traite transatlantique. Pour « venger » l’esclavage passé, cet homme voulait recréer un esclavage moderne  une mise en servitude par la technologie, l’extorsion d’identité et la spoliation immobilière. »

Comment, alors que certains activistes instrumentalisent le passé tragique du commerce lié à l’or bleu à des fins d’enrichissement personnel et de prédation, le congrès Africa Forward parvient-il à miser sur les technologies et les financements du futur pour développer le continent et réparer ces injustices historiques ?

Pour commencer, le commerce transatlantique des esclaves s’est étendu sur plus de quatre siècles (du XVIe au XIXe siècle), transformant l’océan Atlantique en une route d’extraction humaine massive.

Le coût humain : Selon les données de la Trans-Atlantic Slave Trade Database, environ 12,5 millions d’Africains ont été capturés et arrachés à leur terre natale.

La mortalité maritime : La traversée (le Middle Passage) a été une entreprise d’une violence extrême. Entre 1,2 et 2,4 millions de captifs sont morts en mer en raison des conditions inhumaines à bord, soit un taux de mortalité moyen d’environ 15%.

Les survivants : Environ 10,7 millions de personnes ont survécu à la traversée pour être réduites en esclavage dans les plantations des Amériques et des Caraïbes.

L’impact structurel : Cette dépopulation forcée a saigné les forces vives des côtes africaines et enrichi les puissances coloniales, posant les bases d’une asymétrie économique durable autour de l’espace maritime mondial.

Contrairement aux auteurs de cette machination dans notre témoignage, le forum Africa Forward a choisi de miser sur l’avenir à des fins de développement économiques pour toutes les parties concernées.

En 2026, l’océan mondial représente la 7e puissance économique de la planète avec des actifs bruts estimés à plus de 24 000 milliards d’euros. Pourtant, l’Afrique ne capte qu’une fraction marginale de cette valeur. Les côtes africaines font face à des menaces écologiques et criminelles directes qui détruisent des milliards d’euros chaque année : la pollution plastique massive, l’acidification des eaux, l’effondrement de la pêche artisanale et la piraterie moderne.

L’asymétrie majeure réside dans le financement et l’accès au capital. Comme l’a souligné le Président kényan William Ruto lors du sommet Africa Forward de Nairobi (mai 2026), le continent subit un déficit de financement annuel de 400 milliards de dollars pour son développement.

En raison d’une perception internationale biaisée du risque, les États africains empruntent à des taux deux à quatre fois supérieurs à ceux des pays développés, bloquant leur capacité à protéger et exploiter leur or bleu. Pour rompre définitivement avec l’économie extractive du passé et contrer les réseaux de prédation, l’Afrique active de nouveaux leviers industriels et technologiques endogènes.

Le premier levier d’industrialisation réside dans l’appropriation et la fabrication locale des technologies de pointe. L’Afrique investit désormais dans la formation d’ingénieurs et de techniciens capables de concevoir, d’installer et de réparer les équipements de traitement de l’eau sur place, sans dépendre d’une expertise occidentale importée. Cette maîtrise technologique s’applique au déploiement de capteurs physiques pour sécuriser les réseaux de distribution, à la surveillance maritime de la pêche illégale et à la gestion autonome des infrastructures côtières, assurant que la valeur ajoutée intellectuelle et industrielle s’ancre durablement sur le continent.

L’industrialisation verte passe par la transition énergétique (cleantech) appliquée à l’eau :

Le dessalement propre : Coupler les stations de traitement de l’eau à des centrales solaires ou éoliennes locales pour fournir de l’eau potable et industrielle sans dépendre des énergies fossiles importées.

La circularité urbaine : Transformer les villes côtières en « villes-éponges » capables de recycler 100 % des eaux usées pour alimenter l’industrie lourde et l’agriculture périurbaine, créant des milliers d’emplois qualifiés sur place.

Pour contourner les blocages du système financier mondial, le sommet de Nairobi a mis en avant la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD) et le renforcement de l’assureur panafricain ATIDI. Ces outils permettent d’apporter des garanties sur les premières pertes, d’attirer les investissements privés internationaux sur des projets bancables (23 milliards d’euros d’investissements annoncés à l’issue du forum) et de financer l’industrialisation sans subir le piège de la dette.

C’est ici que le terme « africanisations » prend tout son sens philosophique, bien au-delà d’une simple relocalisation technique ou managériale. Face aux logiques extractives héritées du passé et aux dérives de prédation individuelle du présent, le continent oppose ses propres matrices de pensée fondées sur la responsabilité collective et la solidarité intergénérationnelle. Là où l’approche occidentale aborde souvent l’économie bleue sous un angle purement comptable, marchand et individuel, la philosophie africaine traditionnelle conçoit l’eau comme un bien commun sacré, un fil conducteur qui relie les vivants, leur terre et les générations à venir. Africaniser le travail de la mer, c’est replacer l’humain et la communauté au cœur du développement, en refusant que la ressource devienne un outil d’exclusion.

De plus, face au repli identitaire destructeur de l’agresseur ou d’un Ocean Master, cette éthique endogène valorise l’hospitalité et le dialogue des cultures. Réparer les injustices de l’histoire ne peut se faire par une vengeance anachronique qui trahit les valeurs de dignité du continent ; cela passe par une réappropriation philosophique de l’or bleu, transformant l’océan en un espace de métissage fécond, de consensus et de codéveloppement.

Pour en revenir au témoignage présenté en début de newsletter, nous pouvons dire que le complexe d’Ocean Master et la tentative d’esclavagisation du métissage : L’agresseur du témoignage, obsédé par une vengeance anachronique contre les familles métisses de la côte, épouse exactement la psychologie d’Ocean Master (Orm), l’antagoniste de la série.

Orm voue une haine féroce à la surface et refuse catégoriquement la légitimité d’Aquaman en raison de sa nature hybride, de son métissage entre deux mondes. Dans la fiction comme dans la sombre réalité de ce témoignage, l’extrémisme mémoriel sert de prétexte à une tentative d’esclavagisation du métissage, cherchant à punir la dualité culturelle, l’ouverture internationale et l’émancipation par la mise en servitude. Nous pourrions même dire qu’ils cherchent à punir la différence.

Pour connaitre la suite de ce témoignage et les potentialités de développement liées à l’économie de la mer, nous vous invitons à lire l’info bulle à suivre.

Info bulle n° 152 : Économie bleue, travail, virtualisations

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