
« Le double écran de notre ordinateur et de notre smartphone est devenu le miroir d’une guerre psychologique totale. Depuis notre cabinet, nous observons les « lives » s’enchaîner, parfois tenus en français, mais le plus souvent en mina — ce dérivé de la langue éwé que nous parlons couramment au sein de notre cabinet. Entendre ces échanges dans notre propre langue maternelle donne une gravité et une proximité charnelle à ce qui se joue : ce n’est plus une simple analyse technique, c’est le cri d’une communauté aux abois. Sentant l’étau bureaucratique se resserrer pour les briser, les artivistes du Mouvement de la Date (MD) et leurs soutiens ont basculé ces dernières 48 heures dans un récit de survie pur, face à un appareil d’État qui a décidé de passer à la vitesse supérieure. »
Sur le fil de ces directs en mina et en français, le climat s’est lourdement intoxiqué. Les leaders du mouvement affirment que le ministre dédié à cette cause planifie désormais leur « liquidation » physique. Les récits dignes des méthodes de la guerre froide se multiplient : une activiste installée aux États-Unis dénonce une intrusion sans effraction à son domicile et une tentative d’empoisonnement de l’eau qu’elle boit en son absence. L’offensive s’est même déplacée sur le terrain académique : les activistes tentent désormais de saper la légitimité intellectuelle du représentant officiel de l’État en propageant l’hypothèse d’un plagiat de sa thèse de doctorat, soutenue il y a plusieurs années et qui portait précisément sur l’histoire de ce peuple et de ce territoire. Au centre de cette architecture de l’ombre, le journaliste que nous appelons « Fernand du Sud » véritable cheville ouvrière du renseignement improvisé du collectif (la « CIA ») affirme faire l’objet de tractations secrètes entre les capitales européennes et le pays d’origine en vue d’une extradition imminente.
La tension a franchi un cap historique ce dimanche. Lors d’un direct mémorable, ce pivot médiatique du mouvement a affiché des compteurs vertigineux : plus de 100 000 vues en quelques heures seulement, prouvant la force de frappe intacte de la contestation auprès de la diaspora et du public local.
La réplique des activistes à la pression bureaucratique est devenue terrorisante : l’intimidation inversée. Ils affirment détenir les adresses privées, les emplois du temps et les itinéraires précis des femmes et des enfants de ces ministres dont les familles sont installées à l’étranger. Ils préviennent qu’ils les suivent et qu’ils sont capables de traquer le moindre de leurs mouvements lors de leurs visites en France. Face à cette menace directe sur le cercle intime de ses dirigeants, et quelques heures seulement après la diffusion de notre précédent numéro, le petit pays d’Afrique francophone de l’Ouest a riposté le soir même de manière spectaculaire en annonçant la création d’un « FBI du net ». Nul besoin de préciser qui cette nouvelle unité d’élite aura pour mission de traquer ; le timing de cette annonce face aux 100 000 vues du dimanche parle de lui-même »
Lors de la newsletter précédente, nous avions posé un certain nombre de questions, auxquelles nous souhaitons tenter d’apporter des réponses en tenant compte des spécificités de chaque partie.
Pour commencer il y a trois temps à respecter pour une gestion de crise : l’anticipation, le pilotage de la crise, le retour d’expérience après la crise.
L’anticipation concerne l’anticipation avant la crise : la cartographie des risques, la constitution d’une cellule de crise, la désignation d’un porte-parole, la rédaction du guide crise. La phase de pilotage durant la crise : verrouiller la communication interne, occuper le terrain médiatique, faire preuve d’empathie (placer l’humain au centre). Le retour d’expérience concerne la phase après la crise : faire un état des lieux sur ce qui a fonctionné et sur ce qui a échoué, reconstruire l’image.
Nous proposons ci-dessous les éventuelles réponses que pourraient nous donner les différentes parties prenantes de ce dialogue hostile qui vire au conflit. Mais avant, nous rappelons les questions posées en info news n° 141.
Pour les activistes :
« Etes -vous toujours des résidents de France ? Que se passera-t-il lorsque votre pays d’accueil se sera rapproché davantage de votre pays d’origine d’autant plus que ce sont des partenaires historiques? Etes-vous ici en tant que réfugié ? Qu’apportez-vous au sol qui vous accueille en faisant cela ? Vos autorités dans votre pays d’origine ne vont-ils pas tenter de bloquer votre situation administrative ? Le courage sans vision globale n’est -il pas suicidaire ? » ( n° 141)
Ils pourraient me répondre, notre mouvement aide justement les migrants Togolais et autres ouest africains en France en leur montrant les démarches administratives à faire pour s’intégrer, nous ne faisons pas que critiquer la politique de gouvernance de notre pays d’origine. Si notre pays d’accueil, partenaire historique de notre pays d’origine devaient se rapprocher à nouveau, nous compterions sur lui pour qu’il puisse exiger une meilleure gouvernance afin qu’il y ait moins de déplacés avec des conditions précaires. En faisant cela, nous montrons au sol qui nous accueille que nous avons des valeurs et que nous éprouvons de la compassion pour ceux qui souffrent. Nous ne souffrons pas seulement lorsqu’il s’agit des nôtres, nous ressentons aussi la même chose pour ceux qui vivent ici, pour les personnes précaires, sans domicile fixe par exemple. Oui nos autorités dans notre pays d’origine peuvent bloquer nos passeports et nous mettre en difficulté du point de vue administratif. Pour cela, nous n’avons pas de solution.
La dernière question n’exige aucune réponse.
Pour les autorités de leur pays d’origine :
« Et à l’état de ce pays nous pourrions dire, à force de vouloir les faire taire par des méthodes peu conventionnelles, ne courrez-vous pas le risque de voir resurgir d’autres mouvements de ce type plus radicalisés ? Ces personnes ne sont -elles pas l’arbre qui cache la forêt ? Pouvez -vous vous permettre de ne pas leur parler et de tenter d’arranger les choses montrant ainsi aux investisseurs étrangers votre capacité à résoudre vos problèmes de politique interne? Peut-être ne cherchent -ils qu’à faire leur métier d’artistes ? » (n° 141)
Ils pourraient former une cellule de crise au niveau de l’état chapeauté par le président de la république, le sage nouvellement élu pour la première fois de sa carrière qui fut un ancien opposant, qui a même été emprisonné et visiblement s’est apaisé au fil des ans pour être capable de travailler avec son pays. Ils pourraient y ajouter des personnes de la société civile, des droits de l’homme, des opposants à la retraite qui savent ce que c’est que le combat politique pour tenter une approche différente. Ces personnes sont peut être l’arbre qui cache la forêt, raison pour laquelle, nous souhaitons leur parler afin de savoir ce qu’ils espèrent mais avant tout, ils doivent savoir que la rue ne dirige pas un état. Les critiques constructives et positives qui ne dénigrent ni la vie ni ne salissent la réputation de membres du gouvernement ne sont autorisées.
Nous ne pouvons nous permettre d’avoir des personnes depuis l’extérieur qui menacent la sécurité intérieure de notre pays, ils deviennent une sérieuse menace. Nous comprenons qu’ils ne sont pas des professionnels de la politique, qu’ils essayent de s’en sortir et de se faire entendre mais il y a d’autres façons de faire. Les anciens opposants sont des sources d’informations inestimables et il est vraiment dommageable de ne pas les écouter car les risques qu’ils prennent aujourd’hui d’autres les ont pris bien avant eux… Il serait intéressant de les écouter ne serait-ce que par sagesse.
La dernière question sur leur métier d’artistes n’exige pas vraiment de réponse à moins qu’ils n’aient l’idée de créer une maison de disques pour leurs artistes ou des labels de production au niveau régional ?
Pour faire finir avec le film que nous avons choisi cette semaine « Mata » qui nous plonge si nous nous fions à la bande annonce dans l’univers sécuritaire intérieur et extérieur du pays d’accueil des artivistes de ce pays d’Afrique de l’Ouest, nous rappelons que les destins personnels sont souvent brisés au nom de l’intérêt régalien des états où que nous nous trouvions sur terre et si ce personnage principal tente d’aller porter secours à son collègue retenu prisonnier alors que cela lui est déconseillé, c’est une façon de nous dire qu’en choisissant ce chemin, ils ont renoncé à une part d’eux-mêmes. Nous verrons comment l’histoire se termine pour ce personnage à la sortie du film.
En ce qui concerne ces activistes, sont-ils prêts à l’accepter et donc à renoncer à une part d’eux -mêmes en empruntant ce chemin sans retour qu’ils sont en train de prendre depuis bientôt une année ?
Nous terminons cette série en proposant une conclusion dans l’infobulle à venir :
Infobulle n°143 : Récits, numérique, réalités