
Nous poursuivons la série de newsletters entamée dans la précédente n° 175 dédiée à la conquête spatiale et à l’économie durable. Pour en parler, nous souhaitons nous appuyer sur la ressource filmique « Retour vers le futur » que nous choisissons pour nous servir du flux temporel comme d’une ressource pour réparer ou accélérer et pour mieux conter la confrontation entre le personnage principal de cette production cinématographique et l’antagoniste présent dans toutes les réalités.
Nous avons souhaité explorer l’univers de l’utopie dans la mesure où nous apportons des propositions plus ou moins réalisables.
Ainsi pour tenter de répondre à la question suivante :
« Dans une logique de construction d’une économie durable dans le domaine de l’agriculture de précision, dans quelle mesure les avancées et progrès techniques réalisés grâce à la conquête de l’espace peut contribuer à résoudre le problème de la sécurité alimentaire de ce continent à travers la méthode du bricolage ? »
Nous allons mobiliser anachronie, hétérotopie, prochronie, uchronie.
Pour cette présente newsletter n° 176 les mots à considérer sont les suivants : conquête spatiale, économie durable, anachronie.
Pour commencer l’anachronie consiste à être en décalage. C’est une notion plus existentielle ou structurelle : c’est le fait d’être « hors de son temps ».
L’anachronisme, en tant que levier stratégique, permet ici de briser le déterminisme technologique qui voudrait que l’accès aux données spatiales soit le privilège exclusif des nations les plus industrialisées. En introduisant des outils de pointe (imagerie hyperspectrale) dans des systèmes agricoles traditionnels, on crée un « télescopage temporel » salvateur : l’agriculteur devient un acteur du futur sans avoir à subir les étapes de développement infrastructurel lourdes du passé.
Cette démarche s’articule en trois étapes fondées sur le « bricolage » managérial, tout en restant dans un cadre de stricte légalité. Premièrement, il s’agit d’identifier et d’extraire les données satellitaires ouvertes (Open Data, type Copernicus) en conformité avec les licences d’utilisation internationales, transformant ainsi un flux distant en une matière première locale. Deuxièmement, ces données sont traitées via des solutions logicielles frugales et locales, respectant le RGPD et les cadres juridiques nationaux sur la souveraineté numérique, pour générer des diagnostics précis sur les sols et les cultures.
Troisièmement, ces informations sont traduites en conseils d’irrigation et de fertilisation accessibles, permettant de sécuriser les récoltes face aux aléas climatiques.
Cet anachronisme volontaire ne cherche pas à ignorer le temps, mais à le compresser. En utilisant ce qui est disponible ici et maintenant les données d’hier et d’aujourd’hui l’Afrique réécrit sa trajectoire agricole. Elle démontre que la maîtrise de l’information satellitaire n’est pas une question de puissance financière, mais une question d’agilité, permettant d’atteindre une sécurité alimentaire robuste tout en garantissant un usage éthique et légal de l’espace, véritable socle d’une économie durable.
En compressant vingt ans de transition technologique par le saut direct vers l’intelligence spatiale, cet anachronisme agit comme une faille temporelle : il permet de forger, dès aujourd’hui, la souveraineté alimentaire qui aurait dû exiger deux décennies d’attente.
Ce gain de temps de vingt ans se loge dans un flux temporel où le futur cesse d’être une destination lointaine pour devenir un outil de gestion immédiat.
Pour revenir à la production filmique choisie pour cette série, le première partie du film de la saga Retour vers le Futur, cette dynamique trouve une illustration parfaite dans le moteur du récit. Lorsque Doc Brown insère, dans le cadre rigide et obsolète d’une DeLorean, le convecteur temporel une technologie qui n’appartient pas à cette époque.
En expliquant à Marty comment il a rendu possible l’impossible en assemblant des éléments disparates, Doc ne fait pas qu’inventer une machine : il crée une faille qui lui permet d’exister en dehors des limites chronologiques imposées.
Dans cette quête de souveraineté, le récit se heurte parfois à une réalité brutale : l’anachronie peut être une faille forcée, un télescopage entre deux mondes. Le témoignage qui suit illustre la confrontation entre une famille en marche vers son futur et des forces qui tentent, par le recours à des anachronismes, de briser cette trajectoire.
L’histoire met en scène une lignée visée par des activistes zélés, agissant sous l’influence de donneurs d’ordres intellectuels. Motivés par des ambitions politiques et un enrichissement personnel, ces individus ont tenté de faire disparaître cette lignée par le racket en bande organisée.
Lorsque la lignée a opposé une résistance ancrée dans son temps utilisant la transparence et le débat numérique les assaillants ont brutalement commis un anachronisme : ils ont réintroduit la violence physique, méthode d’un autre âge, pour résoudre un conflit contemporain. C’est ainsi que la grand-mère de la famille, alors qu’elle circulait sur un marché de sa ville natale en Afrique, fut délibérément bousculée, manquant de subir une fracture de la hanche. Si cette femme a survécu à l’agression, elle est désormais contrainte à l’usage de béquilles, une réalité physique qui matérialise, dans sa chair, cette anachronie subie : l’irruption brutale d’un passé barbare dans son quotidien actuel.
Lorsque la fille de cette dame a entrepris de dénoncer ces agissements sur la place publique via ses écrits, le gourou de l’organisation, enfermé dans une vision féodale du pouvoir, a tenté une intimidation par blogueur interposé. Il a fait passer un message subliminal : « Quel que soit le niveau de la vague, il n’empêchera jamais le requin de dormir », se drapant dans la figure atemporelle du prédateur suprême.
La réponse de la fille de cette dame est la suivante : « Plusieurs espèces de requins comme le requin blanc et le requin mako se noient même sans dormir. Il est dangereux de se surestimer »
Par cette réplique, elle a mis en lumière l’anachronisme du gourou. Là où il se voyait comme une entité hors du temps, une force naturelle intouchable, elle l’a ramené à sa condition biologique, finie et mortelle. En utilisant la logique contre la force brute, elle a démontré que le « requin » était l’élément anachronique de ce récit, une figure du passé cherchant vainement à survivre dans un présent qui ne lui offre plus l’impunité. Elle a ainsi clos l’anachronie de leur domination, prouvant que la modernité, par l’information, a repris ses droits sur la violence archaïque.
Pour connaitre la suite de ce témoignage, nous vous invitons à lire l’infobulle à venir :
Infobulle n° 177 : conquête spatiale, économie durable, hétérotopie