
Nous finissons cette série de newsletters dédiée aux servitudes découlant des différentes asymétries. Nous avons déjà évoqué les servitudes dans le monde, dans les genres, les servitudes liées au statut et à présent nous souhaitons dans cette présente info news n° 167 explorer les mots clés : asymétries, servitudes, œuvre.
C’est ici que le « robot » déploie son arme la plus sophistiquée : l’asymétrie juridique. Le système ne cherche pas toujours à vous vaincre sur le fond, il cherche à vous épuiser par la forme. Il utilise les lois et les règles non pas pour établir la justice, mais pour créer un labyrinthe procédural.
Le détournement de la règle : Dans une situation d’asymétrie, le droit devient un « logiciel de dépossession ». Le prédateur utilise la complexité des textes pour vous enfermer dans des obligations de justification permanente.
Le temps comme arme : Le robot connaît la lenteur des procédures, le coût des avocats et la fatigue psychologique induite par chaque recours. Il transforme la loi en une arme de harcèlement, vous forçant à passer vos journées à « justifier votre existence » dans le cadre étroit du code, plutôt qu’à vivre ou à créer.
L’inversion des rôles : Par le jeu des règles, il parvient souvent à faire passer le harcelé pour le fautif, simplement en déformant la réalité sous une couche de jargon juridique. Il vous impose un cadre où vous êtes toujours sur la défensive, toujours en train de prouver votre « conformité ».
Face à l’asymétrie des lois qui cherche à assigner une place, la seule réponse souveraine n’est pas la plainte, mais la création : passer de la défense de ses droits à l’expression de son œuvre.
Pour clore le cycle de la dépossession que nous avons étudié, il ne reste qu’une issue : l’œuvre. Elle est l’antithèse de la servitude.
L’œuvre n’est pas un simple produit, c’est une manifestation. Une œuvre est le déploiement d’une vision singulière dans le monde. Elle est ce qui transforme un chaos de ressentis en une forme cohérente et durable.
Les formes de l’œuvre : Elle n’est pas nécessairement artistique. Une œuvre peut être une pensée structurée, une organisation, un écrit, une méthode ou même la création d’un espace. Elle prend la forme de tout ce qui porte la marque de celui qui l’a conçu.
Une œuvre se reconnaît à trois critères : elle est intentionnelle (elle répond à une volonté), elle est autonome (elle possède sa propre logique une fois créée) et elle est irréductible (on ne peut pas la résumer à ses composants).
Pour qu’une œuvre devienne une rupture, elle demande une discipline stricte. Il faut soustraire son temps aux sollicitations et aux procédures du système pour le consacrer exclusivement à la production. C’est un choix de concentration : ne plus réagir aux attaques, mais construire sa propre réalité. En structurant ce temps de travail, on crée une enceinte de protection. La rigueur de cette création rend l’œuvre si dense et si réelle qu’elle finit par rendre les manœuvres du système inopérantes.
En accomplissant son œuvre, l’individu met fin à la servitude pour trois raisons :
Changement de temporalité : Le serviteur vit dans l’urgence des ordres ; l’auteur vit dans le temps long de son projet.
Restauration de la source : Le système veut un objet manipulable. Par l’œuvre, l’individu redevient celui qui initie et qui donne forme.
Irrécupérabilité : L’œuvre est extra-procédurale. On peut saisir des biens ou des statuts, mais on ne peut pas supprimer une œuvre. Elle est la trace souveraine que la logique du système ne peut ni lire, ni effacer.
La servitude s’arrête là où l’œuvre commence. Face à la capacité de création, le labyrinthe des règles perd sa finalité et devient un simple vide.
Ainsi comme nous le voyons dans l’œuvre cinématographique « le loup de wall street », l’œuvre est l’acte de souveraineté par lequel on cesse de réagir au système pour déployer sa propre réalité.
Face à l’accumulation vide du milliardaire, qui n’est qu’un statut destiné à s’effondrer, le policier bâtit une œuvre véritable : le démantèlement patient d’un vaste système d’escroquerie en bande organisée. Là où les malfrats croyaient construire un monde, ils ne produisaient que des données vulnérables aux procédures. L’œuvre, elle, transforme l’individu : il ne subit plus le labyrinthe, il habite le temps long de la création. En devenant une source plutôt qu’une cible, l’auteur rend les tactiques de dépossession obsolètes.
Face à tant d’acharnement d’un système contre une seule famille et une personne partie créer une connaissance rendue impossible à exploiter par les malfrats, les questions suivantes s’imposent : « Pourquoi essayer de tuer sans succès, pourquoi essayer de tout prendre, de détruire les enfants, d’esclavagiser, pour finalement ne pas laisser partir d’où cette personne vient, si sa présence dérange tant ? »
Cette interrogation pointe l’ultime aveu d’impuissance du système : il ne cherche pas à se débarrasser d’un obstacle, il cherche à posséder une source qu’il ne peut plus maîtriser. Le système ne veut pas le départ de l’auteur, il veut l’annexion de l’œuvre. Mais c’est précisément dans cette obstination à vouloir tout contrôler que le système se condamne à l’échec : il s’épuise à détruire ce qui, par essence, existe indépendamment de lui. L’œuvre, elle, continue de se déployer dans le silence, hors d’atteinte de la prédation.
Pour finir avec le témoignage qui a été donné durant cette série dédiée à la servitude, nous pouvons ajouter que la persécution a dépassé le cadre des procédures habituelles pour toucher l’intime et le symbolique.
Afin de provoquer un isolement total, des informations mensongères ont été propagées au sein même de son lieu de culte pour la faire chasser, la décrivant comme pratiquant les sciences occultes. Pourtant, par leurs agissements, ce sont eux-mêmes qui doivent être nommés de la sorte. Il s’agit d’une inversion systématique de la preuve : ils accusent toujours autrui de ce qu’ils sont et de ce qu’ils pratiquent.
L’acharnement s’est ensuite étendu à la cellule familiale par l’infiltration des cercles intimes des enfants, assortie de la divulgation de fausses informations médicales les concernant. L’objectif reste constant : briser toute résistance pour obtenir la cession de ses affaires.
Mais il s’agit de sa vie, et l’on ne donne pas sa vie comme on donne une paire de chaussettes. L’œuvre, qu’elle soit matérielle ou intellectuelle, constitue l’existence même de son auteur ; elle ne peut être ni donnée, ni extorquée.
Nous proposons une conclusion à cette série d’infobulles dans l’ultime numéro suivant :
Infobulle n° 168 : Asymétries, servitudes, fin